Le 16 août 2005, un
biréacteur MD-82 de la compagnie colombienne "West Caribbean Airways"
s'écrase alors qu'il se dirigeait vers un aéroport de secours à
Maracaïbo. A quelques minutes d'intervalle, ses deux réacteurs
s'étaient arrêtés et il n'arrivera jamais jusqu'à la piste. Parti de
Panama, il effectuait une liaison charter vers Fort-de-France pour le
compte d'une agence de voyage locale. Personne n'a pu survivre au choc
parmi les 153 passagers et les 8 membres d'équipage alors que tous les
passagers rentraient "au pays" après une semaine de vacances. Dans la
petite île de Martinique où tout le monde se connaît, c'est la
consternation.
Rapidement, de nombreuses questions se
posent sur le sérieux de la compagnie colombienne qui avait déjà connu
un crash en mars 2005. Un Let 410 (voir photo) s'était écrasé au
décollage, un moteur en panne: bilan 8 morts. Les retards et les
pannes étaient monnaie courante dans la petite flotte de la compagnie
où plutôt ce qu'il en restait après que plusieurs avions aient été
immobilisés faute de réparations. La gestion des équipages semblaient
en outre prendre de grandes libertés avec les qualifications et le
total des heures de vol effectuées. Le copilote du MD 82 décédé dans l'accident
n'avait que 21 ans.
De leur côté, les inspecteurs locaux de
la DGAC à La Martinique affirment avoir contrôlé cet avion à deux
reprises sans avoir rien trouvé à redire !
Après l'accident d'Helios Airways et le
souvenir de celui de Sharm el Scheik non résolu, le crash de West
Caribbean Airways met le transport aérien et les charters en
particulier sur la sellette. Qui
contrôle quoi et surtout comment ? A qui profitent les passe-droits
pour laisser voler de véritables cercueils volants ?
Un accident doit TOUJOURS permettre une
analyse sérieuse pour déterminer les causes afin qu'elles ne se
reproduisent pas, aussi gardons-nous de conclusions hâtives même s'il
est tout à fait normal de mettre toutes les hypothèses sur la table.
Ceux qui voudraient attendre les conclusions officielles (après
combien d'années parfois ?) pour informer les ayant droits sont de
doux rêveurs et de pauvres idéalistes car ils ne pensent pas une seule
seconde aux rescapés du crash ou aux familles des victimes. Eux
veulent savoir et c'est même leur raison de vivre durant un bon bout
de temps.
Pas de conclusions définitives non plus ,
les victimes ne sont pas
abrutis au point, car non professionnels, de ne pas comprendre que
toutes les hypothèses restent provisoires jusqu'à la conclusion de
l'enquête. Alors démontons les affirmations imbéciles de certains qui
ont déjà "trouvé" LA cause du crash.
Lorsque les 2 moteurs d'un avion
biréacteurs tombent en panne SUCCESSIVEMENT, il n'y a pas 36 raisons
certes, mais ceux qui limitent la cause à un seul et unique problème
de carburant, pollué ou imparfait, sont imprudents.
Sans ignorer cette possibilité, le premier moteur peut tomber en
carafe pour de très nombreuses autres causes: mécanique, électrique,
atmosphérique, etc.... Et s'il pose problème, il peut casser et des éléments
de ce moteur peuvent très bien aller polluer, ou abîmer, ou casser au
choix, des éléments des circuits électriques ou hydrauliques du moteur
sain qui s'arrête à son tour pour une raison alors totalement
différente du premier. On connaît tous des cas semblables. Évitons de
hurler des vérités qui n'en sont pas même si les apparences peuvent à
priori accuser une compagnie qui n'est pas un modèle de sérieux.
Lundi 22 août, on parle d'une panne de
carburant. On n'aurait pas trouvé de kérosène sur les lieux du crash.
Voici la retranscription du CVR telle que
reproduite par le quotidien vénézuélien "El Nacional" le 29 août alors
qu"aucun communiqué officiel ne fait état du décryptage officiel.
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- "Qui appelle la tour de contrôle ?", demande le contrôleur aérien
vénézuélien. Le pilote vient d'annoncer subitement, sans s'identifier, une
descente brutale de son appareil.
- "708, je descends à 24.000 pieds".
- "Je comprends, vous descendez vers 24.000 pieds. Avez-vous un problème
avec l'avion ?".
- "Oui, les deux réacteurs éteints".
- "Confirmez".
- "Flame out, sur les deux réacteurs. Eteints".
- "Confirmé, compris. Descendez comme vous voulez, capitaine".
Le pilote demande alors des indications sur la localisation des aéroports
les plus proches.
La tour de contrôle demande ensuite si l'avion a atteint l'altitude de
24.000 pieds, et le pilote répond qu'il est déjà à 14.000 pieds.
- "Nous n'avons pas de contrôle sur l'avion", s'écrie le pilote.
Alors que la catastrophe paraît inévitable, vers 03h00 heure locale (07h00
GMT), la tour de contrôle demande au pilote d'indiquer le nombre des passagers.
- "152 âmes à bord. L'avion est incontrôlable".
- "Compris. 152 personnes à bord (...) La transmission est très mauvaise.
Donnez votre altitude actuelle (...) 708, Maiquetia (...) 708, Maiquetia",
insiste le contrôleur.
Trois minutes plus tard, le MD-82 s'écrase près de Machiques, dans le
nord-ouest du Venezuela.
La conversation avec la tour de contrôle de Maiquetia dure 13 minutes. Elle
commence à 02h51 heure locale. A ce moment, le pilote ne fait état d'aucun
problème et demande l'autorisation de traverser l'espace aérien du Venezuela.
Six minutes plus tard, le pilote demande l'autorisation de descendre à
31.000 pieds et la tour de contrôle la lui donne. A 02h59, le pilote, sans
s'identifier, annonce une nouvelle descente à 29.000 pieds.
A aucun moment le mot "urgence" n'est prononcé.
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- Deux avions ont été affrété pour
transporter les familles des victimes au Venezuela afin qu'elles
puissent se recueillir près des lieux de l'accident. Un par
l'état français, l'autre par les collectivités locales. Dommage que
certains aient profité de quelques maladresses peut-être
compréhensibles des autorités pour créer aussitôt une polémique
anti-métropole. La douleur des familles méritait beaucoup mieux que
ces règlements de compte bassement politiciens.
- 22.08 Un comité d'Outre-Mer vient de se créer
pour se porter partie civile dans le dossier judiciaire de l'accident
. Il se fixe aussi comme objectif "que toute la lumière soit faite sur
le crash". D'autre part le comité affirme que "
ce drame doit permettre d'ouvrir une
vraie réflexion sur les conditions de transport de l'hexagone vers
l'Outre-mer".
Selon lui, "ce ne sont pas uniquement
les compagnies étrangères ou les charters qui posent le problème de la
sécurité des passagers" et "les vols entre l'hexagone et l'Outre-mer
ont connu récemment de graves incidents". Le collectif accuse
notamment "les compagnies aériennes comme les autorités étatiques" de
"faire preuve d'opacité totale en cas de menace grave sur la
sécurité".
"Les compagnies aériennes qui desservent
l'Outre-mer, sous couvert de lignes régulières, fonctionnent en
réalité comme des charters" en "utilisant des avions âgés déjà
amortis" et "en réalisant des économies substantielles en terme de
service aux passagers", dénonce-t-il en citant "Corsair et Air
France".
-
22.08 Le député UMP de la Martinique,
Philippe Edmond-Mariette a présenté dimanche 21 août ses excuses
pour avoir lu au micro la liste des victimes. Il comprend
l'émotion générale suscitée par la méthode utilisée, mais
n'imaginait pas d'autre moyen, vu la présence de toutes les
familles.
- 22.08 Un jeune groupe de musique
martiniquais a créé et enregistré une chanson en hommage aux victimes
du crash. Des délais records pour la sortie du CD et en plus, la
chanson est libre de droits pour permettre à chacun de la fredonner en
toute liberté. Magnifique !
- Pour les familles, une attention
importante des autorités semble se mettre en place à travers plusieurs
organismes financiers publics ainsi qu'une coordination des assureurs,
banques et associations d'entre aide. On souhaite ardemment que toutes
ces mesures qui n'existaient pas pour d'autres accidents récents ne
soient pas un feu de paille qui s'éteint aussi vite que l'actualité
disparaît de la Une des journaux.
-Le président Jacques
Chirac a assuré que «tout» serait fait pour que «la lumière soit faite sur
les circonstances et les raisons» de la catastrophe à son arrivée à La
Martinique où il assistait à une cérémonie oecuménique en mémoire des
victimes du crash.
Une formule bien creuse
qui ne veut pas
dire grand chose, car après chaque accident, tout n'est-il pas toujours fait
pour connaître les causes d'un accident ? Et puis n'est-ce pas la phrase
rituelle que l'on a déjà entendu prononcer par tant de ministres lors des accidents du Mont Ste
Odile, Charm el Scheik et tant d'autres...Si cette fois, on pouvait faire
abstraction des intérêts particuliers et de "la carrière" de certains
ir-responsables, on aurait énormément avancé.
Le drame vécu par les familles commande que des mesures radicales à la
hauteur de cette catastrophe soient prises rapidement.
Nul ne comprendrait d'autres tergiversations.


-30 000 personnes ont assisté, mercredi 24 août, à l'hommage
rendu aux 160 victimes de la catastrophe aérienne du 16 août au
Venezuela. Jacques Chirac, aux côtés de M. Chavez, est accompagné par
le ministre de l'outre-mer, François Baroin, et Léon Bertrand,
ministre du tourisme. Le premier secrétaire du PS, François Hollande,
était également présent. Une cérémonie comme nulle autre pareille pour
un crash aussi dramatiquement unique dans les annales du transport
aérien français.
* * *
Au 26 août 2005, plusieurs associations se sont
portées parties civiles et ont rejoint les dizaines de familles de
victimes ayant déjà pris date devant la justice. Une information
circule déjà: la compagnie West Caribbean Airlines n'était pas
assurée et pourrait être déclarée insolvable. Dans la population se
pose aussi la question de la responsabilité de l'état français,
autorité de tutelle de la DGAC qui malgré deux inspections, n'avait
pas jugé bon d'interdire de vol l'avion ou la compagnie.
Des victimes et leurs familles se retrouvent
donc une fois de plus en première ligne pour faire reconnaître leurs
droits. Dans très peu de temps, l'émotion passée, elles vont se
retrouver bien seules face aux complexes procédures techniques et
judiciaires.
Comme d'autres associations de victimes
d'accidents aériens, elles se désespéreront de voir éclater la vérité
après que l'écho de toutes les belles déclarations entendues se sera
estompé.
* * *
Le BEA vient de récupérer les 2
enregistreurs de vol, les "boîtes noires". Dans un souci de
clarté parfaitement compréhensible et probablement pour éviter
toute polémique ultérieure nuisible à l'enquête, les photos des
2 boîtes sont même publiées sur le net. Du jamais vu chez notre
merveilleux organisme étatique. Quel progrès depuis le crash de
Habsheim !
"Les enquêteurs du BEA ont eu récemment accès
aux enregistreurs de bord, ils ont pu constater que ceux-ci
avaient été endommagés dans l'accident mais que la partie
protégée, celle qui contient l'information, paraissait en bon
état. Il est donc permis d'avoir un espoir raisonnable que, si
des données sont enregistrées, elles seront récupérables.
La documentation relative à ces enregistreurs
a été demandée à la compagnie aérienne."

Épilogue pour un crash d'avion
mais surtout pas pour les victimes
Le 14 septembre 2005, les dirigeants de la compagnie West Caribbean
Airways ont annoncé qu'il allaient mettre leur compagnie criblée de
dettes en faillite.
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* *